

Vallée d'Annapolis et baie de Fundy I
Sites du patrimoine acadien
Grand-Pré, Port-Royal & Fort-Anne
Trois lieux historiques nationaux, trois siècles, une seule histoire : la naissance de l’Acadie, sa perte et son refus de tomber dans l’oubli.
SITES PATRIMONIAUX
Grand-Pré
Port-Royal
GÉRÉ PAR
Parcs Canada
DE HALIFAX
~ 1 à 2 heures en voiture
MEILLEURE SAISON
De mi-mai à
mi-octobre
CONNUE POUR
Grand-Pré
Site du patrimoine mondial depuis 2012
Aucun de ces trois sites ne constitue une communauté acadienne vivante à l'instar de Chéticamp ou de l'Isle Madame ; ce sont des lieux historiques qu'il convient de présenter comme des expériences patrimoniales. Ensemble, toutefois, ils retracent l'histoire acadienne au fil d'un parcours cohérent et accessible à pied au sein d'une même vallée : Port-Royal marque les débuts en 1605, le fort Anne témoigne de la chute de l'Acadie française en 1710, et Grand-Pré est le lieu où cette paix fragile a définitivement volé en éclats en 1755. Visités dans cet ordre, ils permettent de saisir l'histoire dans sa globalité.
Grand-Pré, en particulier, est un lieu de mémoire et non une attraction touristique conventionnelle. Le site est présenté avec toute la solennité qui s'impose ; les visiteurs de tous horizons y sont les bienvenus, et les visiteurs acadiens, notamment, pourraient y vivre une expérience chargée d'émotion.
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Grande Pré : site du patrimoine mondial de l'UNESCO
Grand-Pré n’est pas un lieu de visite agréable au sens où l’est un point de vue panoramique ou un village pittoresque. C’est un lieu empreint d’une profonde gravité, et c’est précisément cette gravité qui lui confère toute son importance. Les Acadiens qui s’y sont établis à partir de 1682 ont bâti l’une des communautés agricoles les plus productives d’Amérique du Nord ; ils ont asséché les marais de la baie de Fundy grâce à des digues et des aboiteaux qu’ils ont conçus de toutes pièces, faisant ainsi prospérer une civilisation florissante au cœur de cette « grande prairie » — traduction littérale du nom Grand-Pré.
Le 5 septembre 1755, le lieutenant-colonel britannique John Winslow rassembla les hommes et les garçons de Grand-Pré dans l’église, leur annonça que tous leurs biens étaient confisqués au profit de la Couronne et déclencha une déportation qui allait arracher plus de six mille Acadiens à leurs foyers. L’église fut incendiée, les fermes furent vidées de leurs occupants et les digues — que les ancêtres acadiens avaient mis des générations à bâtir — furent remises aux colons de la Nouvelle-Angleterre (les *Planters*). Grand-Pré a été désigné lieu historique national en 1982 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012. Pour les familles acadiennes du monde entier — qu’elles se trouvent en Louisiane, au Nouveau-Brunswick, en France ou au sein des communautés de la diaspora le long de la côte est américaine —, c’est ici qu’elles viennent se recueillir. Ce lieu est le cœur d’une mémoire collective que quatre siècles n’ont pu effacer.
Ce que recèle Grand-Pré
L'une des premières colonies européennes permanentes en Amérique du Nord. Berceau de l'Acadie et d'une amitié qui a façonné tout ce qui a suivi.

Le Centre d'interprétation
Votre visite débute dans la cale d’un navire de déportation ; cette introduction cinématographique vous plonge dans les instants précédant le grand bouleversement, avant de retracer toute l’histoire acadienne : le peuplement, la civilisation bâtie sur des terres marécageuses endiguées, le réseau commercial reliant Grand-Pré à Louisbourg et à Boston, ainsi que la longue renaissance acadienne qui a suivi. En juillet et en août, des guides de Parcs Canada proposent deux visites quotidiennes au départ du centre pour parcourir le site.

L'église commémorative, Évangéline et les jardins victoriens
L'église commémorative, construite dans les années 1920 dans le style néo-québécois, se dresse au centre du site ; elle sert à la fois de lieu de culte et de monument à la mémoire de la communauté qui a été anéantie en ces lieux. À l'extérieur, la statue d'Évangéline — héroïne du poème de Longfellow datant de 1847, qui a fait connaître l'histoire acadienne au monde anglophone — se dresse dans les jardins victoriens, près du cimetière acadien où sont inscrits les noms des familles fondatrices. La croix Herbin, érigée en 1909 à partir de pierres provenant, dit-on, de maisons acadiennes, marque la limite du cimetière.

Le paysage de Grand-Pré : un site vivant de l'UNESCO
L'inscription à l'UNESCO englobe l'ensemble du paysage culturel : 1 300 hectares de marais endigués, les vestiges archéologiques du village acadien d'origine et le parcellaire en lanières qui témoigne encore des pratiques de colonisation françaises du XVIIe siècle. Depuis le parc d'observation du paysage de Grand-Pré, situé sur une colline voisine, l'ampleur de ce que les Acadiens ont bâti, et de ce qui leur a été arraché, se révèle en un seul coup d'œil sur l'horizon.
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Port-Royal : là où l'Acadie est née
Avant Grand-Pré, avant Chéticamp, avant la Déportation et le retour, il y a eu Port-Royal. À l’été 1605, le marchand et explorateur français Pierre Dugua de Mons arrive sur la rive nord du bassin d’Annapolis avec son cartographe Samuel de Champlain, après avoir enduré un hiver éprouvant sur l’île Sainte-Croix, durant lequel la moitié de leurs 79 colons ont péri. Il cherchait un lieu abrité disposant d’eau, de terres agricoles et de bois d’œuvre ; il le trouva ici. L’Habitation construite par de Mons et Champlain ne fut pas seulement le premier établissement européen permanent et viable au nord de la Floride : elle marqua la naissance de l’Acadie. Le chef mi’kmaq Membertou et son peuple accueillirent les colons français, partagèrent avec eux leur savoir-faire en matière de survie et nouèrent une alliance qui façonna les premiers traits de toute la civilisation acadienne appelée à se développer à partir de ce moment. Lorsque le monopole de la traite des fourrures de de Mons fut révoqué en 1607 et que les colons durent rentrer en France, ils confièrent la protection de l’Habitation à Membertou lui-même — un détail qui en dit long sur la nature de la relation incarnée par Port-Royal. Aujourd’hui, Parcs Canada a reconstitué l’Habitation sur son site d’origine, et des animateurs en costume font revivre l’année 1605 avec une fidélité que peu de sites d’histoire vivante au Canada peuvent égaler.
Ce que Port-Royal vous réserve
Port Royal se trouve à l'extrémité ouest de la vallée d'Annapolis, Fort Anne et Annapolis Royal sont à cinq minutes (voir ci-dessous), et le site historique national de Melanson Settlement, à quelques minutes en voiture de là, préserve les vestiges archéologiques d'une ferme acadienne d'avant la déportation sur les rives de la rivière Annapolis.

L'habitation reconstituée
Une reconstitution méticuleuse de l'établissement d'origine : un quadrilatère clos de bâtiments en bois comprenant la cuisine, la forge, les logements des artisans, la salle de commerce, les appartements du gouverneur, la chapelle et le corps de garde. Cette reconstitution de 1939, premier grand projet d'histoire vivante du gouvernement canadien, a été réalisée à partir des dessins et descriptions écrites de Champlain lui-même.

Les Interprètes : 1605 prend vie
Les animateurs en costume incarnent l'univers de 1605 avec une grande authenticité : installez-vous dans la cuisine aux côtés d'un colon français pour entendre le récit de l'hiver passé sur l'île Sainte-Croix, observez la forge en activité et renseignez-vous sur les relations avec le peuple de Membertou. Ce sont ces échanges spontanés qui marquent le plus les visiteurs.

L'Ordre de Bon Temps : la solution de Champlain au désespoir
Durant le premier hiver rigoureux passé à Port-Royal en 1606, Champlain fonda l’Ordre de Bon Temps — le premier cercle social d’Amérique du Nord. À tour de rôle, les colons assumaient la charge de « maître d’hôtel » : ils partaient à la chasse au gibier, préparaient un repas de fête et remontaient le moral de la communauté durant la sombre saison. L’initiative porta ses fruits et demeure l’un des récits les plus touchants, en toute simplicité, de l’histoire acadienne : celui d’une communauté choisissant la célébration plutôt que le désespoir.
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Fort Anne : là où l'Acadie française est tombée
Si Port Royal marque le début de l'Acadie, Fort Anne en est le point d'arrivée, et pendant les 45 années qui les séparent, il fut le siège du gouvernement acadien. Construit en 1629 par des colons écossais sous le nom de Fort Charles, il fut conquis par les Français en 1632 et rebaptisé Fort du Port Royal. Il servit de capitale à l'Acadie française pendant la majeure partie du XVIIe siècle, avant d'être reconstruit entre 1702 et 1708 pour devenir la fortification Vauban en forme d'étoile, dont on conserve encore aujourd'hui la majeure partie des vestiges.
Au cours de ses 225 années de service, il fut attaqué ou bloqué au moins 19 fois – plus que tout autre fort d'Amérique du Nord – alors que la France, la Grande-Bretagne, l'Écosse et les Mi'kmaq se disputaient le contrôle de cette portion de côte. Le tournant décisif survint en septembre-octobre 1710, lorsque près de 300 défenseurs français capitulèrent face à une force britannique écrasante de 2 000 hommes et 36 navires. La capitale de l'Acadie fut rebaptisée Annapolis Royal en l'honneur de la reine Anne, et la souveraineté française sur le continent acadien prit fin. Il fallut attendre 45 ans – des années d'administration britannique difficile, d'alliances fluctuantes avec les Mi'kmaq et de suspicion croissante à l'égard de la loyauté acadienne – avant que Grand-Pré et la déportation générale ne suivent.
Le fort Anne fut acquis par le gouvernement fédéral en 1917 et désigné lieu historique national en 1920, ce qui en faisait, selon Parcs Canada, le premier site à recevoir cette désignation et à demeurer sans interruption sous son administration.
À l’intérieur du Fort Anne
Découvrez le premier lieu historique national administré du Canada et l'un des territoires les plus disputés du continent. Des colons écossais, français et anglais se sont succédé pour se disputer ces terres, entraînant souvent les Mi'kmaq dans leurs conflits. Fort Anne est situé à Annapolis Royal, en Nouvelle-Écosse.

Premier site historique national du Canada
Le fort Anne a été désigné en 1920, devenant ainsi le premier site du pays à recevoir cette distinction. Ses fortifications de style Vauban (1702-1708), en forme d'étoile, conçues pour permettre aux défenseurs de tirer sur les assaillants sous tous les angles tout en absorbant les tirs de canon grâce à la terre meuble, sont restées en grande partie intactes, ce qui en fait l'une des fortifications de ce type les mieux conservées d'Amérique du Nord.

Musée de la poudrière et des quartiers des officiers de 1708
La poudrière, construite en 1708, est le plus ancien bâtiment militaire au Canada et la plus ancienne structure administrée par Parcs Canada au pays. Le quartier des officiers de 1797 à 1799, reconstruit en 1935, abrite aujourd'hui un musée présentant des objets et des expositions retraçant toute l'histoire du fort, ouvert tous les jours de mi-mai à mi-octobre.

Les Acadiens, les Mi'kmaq et les traités de paix et d'amitié
Un cimetière acadien se trouve encore sur le site, à côté du cimetière de la garnison britannique, témoignant qu'il s'agissait d'un lieu habité et non d'une simple position militaire. Le site est également lié aux traités de paix et d'amitié conclus entre la Couronne et les peuples Mi'kmaq et Wabanaki ; 2026 marquera le 300e anniversaire du traité de 1726, commémoré à Fort Anne.
SE DÉPLACER
S'orienter entre les trois sites
Port Royal et Fort Anne se trouvent à cinq minutes l'un de l'autre, de part et d'autre du bassin d'Annapolis ; Grand-Pré est situé environ une heure plus à l'est, près de Wolfville. La voiture est indispensable pour visiter ces trois sites.
Halifax à Grand-Pré
~1 heures
Par la route 101
Halifax à Port-Royal
~2 heures
Par la route 101
Port-Royal à Fort Anne
~5 minutes
De l'autre côté du pont
PLANIFIEZ VOTRE VISITE
Préparer votre visite des trois sites
Ces trois sites ne peuvent pas être visités en une seule journée si vous souhaitez passer suffisamment de temps sur chacun. Combinez Port Royal et Fort Anne (à cinq minutes l'un de l'autre) ; consacrez une demi-journée à Grand-Pré.
Comment venir
Grand-Pré est à environ 1 heure d'Halifax par l'autoroute 101 (sortie 10). Port Royal et Fort Anne sont à environ 2 heures d'Halifax par l'autoroute 101 : Port Royal à la sortie 22 (ferry de Granville), Fort Anne au 323, rue St. George, et Annapolis Royal, juste en face, de l'autre côté du pont.
Se déplacer
Parks Canada entrance fees apply at all three sites. A Discovery Pass (annual, Parks Canada) covers all of them and is worth it if visiting more than one. Fees and hours are set separately per site and change seasonally — check pc.gc.ca before you go.
Meilleure période pour visiter
Les terrains des trois sites sont ouverts toute l'année ; une programmation complète (visites guidées, interprètes costumés, accès aux musées) se déroule de la mi-mai à la mi-octobre à Port Royal et au Fort Anne, et de la mi-mai à la mi-octobre au Centre d'interprétation de Grand-Pré. Confirmez les dates exactes chaque année auprès de Parcs Canada.
FR
Langue
Les trois sites sont entièrement bilingues. Chacun revêt une signification particulière pour les visiteurs acadiens et francophones : Port-Royal est le berceau de leur civilisation, Fort Anne est le lieu où elle a perdu son influence politique, et Grand-Pré est l’endroit où l’histoire de la perte – et de la résilience – est la plus complète.
